En ces temps d’automne, les plantations vont bon train. Dans les nouveaux jardins, la haie de séparation est le premier investissement. A tort ou à raison, on voudrait une haie brise-vue, brise-vent, défensive, écologique, colorée, sans maladie ni parasite, à pousse rapide jusqu’à sa hauteur définitive, à pousse très lente ensuite…
On peut aussi choisir le mur peint en vert !

La haie est un investissement pour plusieurs décennies. Une fois en place, il est rare d’en changer, sauf pour quelque remplacement occasionné par une mortalité précoce. Il est donc important de ne pas se tromper sur le choix des variétés.
Si l’on copie ce qui existe déjà, il y a des « chances » que le choix se porte sur les fameux “Cyprès de Leyland“, “Laurier amande ou cerise“, “Troène“, “Pyracantha“, “Thuya” ou autre persistant à pousse rapide et d’une taille supérieure aux 2 mètres règlementaires.

Déjà deux erreurs cumulées. Ces variétés ont des croissances fortes qui ne s’arrêtent pas à la réglementation. Et la haie monovariétale est une insulte à l’écologie, et au principe de précaution. Et ce pour plusieurs raisons.

  • Une espèce végétale, en grand nombre sur une petite surface a tous les risques de voir tous les spécimens attaqués par un parasite, (problème de la monoculture).
  • Si un spécimen est atteint, c’est la haie toute entière qu’il faut soigner.
  • Si le parasite n’est pas éradiqué (et comment pourrait il l’être ?) il revient en force.
  • Lors de la floraison, il y a une grande concentration de pollen d’une même espèce, occasionnant des allergies (pollinoses) ce qui devient, dans le cas des Cupressacées (Cyprès, thuya…) un problème de santé publique.

Donc, une seule solution, la haie variée !

Avec des feuilles qui tombent, des qui restent, avec des fleurs pour abeilles et papillons et autres auxiliaires, avec des fruits pour les oiseaux, avec des abris à bébêtes, avec des couleurs, des odeurs… Une haie pour la vie avec plein de vies.

Pour réussir une haie libre, dite champêtre, il suffit de suivre quelques directives, si possible dans l’ordre.

  1. Tout d’abord, déterminer la largeur et la hauteur de la future haie. Ce qui engendra un choix de plantation ; sur une seule ligne, sur deux lignes en quinconce, avec des arbres dépassant les 2 mètres réglementaires…
  2. Connaître le but de cette haie : séparative, brise-vue, brise-vent, défensive, décorative, écologique… ou tout à la fois. De là, suivra un choix de plantes (voir plus bas, le choix des plantes)
  3. Connaître les distances de plantations : après avoir sélectionné ses végétaux, les séparer d’une distance plus faible que leur diamètre à taille adulte. Exemple, un Buddleia fait environ 1,50m à 2m de diamètre, on en séparera deux d’1, 20m à 1,40m. Dans le cas de deux végétaux de diamètre différent, on prend la somme des deux diamètres, on divise par deux et on réduit un peu la distance d’environ 30 à 40 cm.
  4. Les plantations prennent mieux lorsqu’on a creusé une tranchée. De ce fait, il y a un volume de terre foisonné plus important que dans le cas de trous individuels.
  5. Comme toute plantation, fertiliser les végétaux. Je préfère grandement le compost auquel j’ajoute une ou deux poignées de corne broyée (ou torréfiée).
  6. Surveiller les arrosages, mais ne pas habituer les plantes à avoir de l’eau en permanence (trop souvent le cas avec le goutte à goutte mal maîtrisé). Les racines ne s’enfonceraient pas suffisamment.

l’entretien :

  1. Le must, le grand plus, la récolte de cerises sur le gâteau… Le paillage ! Pour économiser l’eau, pour éviter une pousse trop importante d’adventices, pour protéger et nourrir les habitants du sol, pour avoir une terre souple, paillez ! Ce devrait être une obligation, un arrêté préfectoral, un décret, une loi…Non je plaisante, cela dit le paillage est une assurance vie pour vos végétaux. Ce qui n’est pas négligeable.
  2. L’entretien les années suivantes : une taille par an aux bonnes périodes, une fertilisation automnale avec compost et corne.
  3. les accidents éventuels : rien ne devrait venir perturber la vie de votre haie. En cas de végétation souffreteuse, voire d’attaques parasitaires, la première question est : « cette plante est-elle vraiment à sa place, ne me suis-je pas trompé dans le choix de l’espèce ». Et avant de traiter, même en bio, demandez-vous si c’est indispensable. Une plante bien nourrie est très résistante.
  4. Profiter de la haie !

Le choix des plantes :

Il se portera sur des variétés autochtones, celles du crû, du terroir, celles qui savent tout du sol et du climat régional et ont développé une stratégie de survie !
Les belles étrangères sont les bienvenues évidemment, si elles ont fait leur preuve d’adaptabilité ! Ce qui peut paraître excessif et dangereux quand on parle des hommes, ne l’est plus du tout quand on a à choisir des plantes pour sa haie. Par conséquent, si on veut faire des expériences variétales, on choisira un autre endroit de notre jardin.

  • Haie brise-vue : essentiellement des buissons denses avec une majorité de persistants.
  • Haie brise-vent : la haie protège du vent sur une distance comprise entre 10 à 20 fois sa hauteur. Mais il faut que la haie soit homogène (sans trou) et quelque peu filtrante (les murs sont de piètres brise-vent.) Préférer des essences persistantes.
  • Haie défensive : tout ce qui est plein d’épines et très touffu. Attention l’entretien n’est pas toujours aisé.
  • Haie décorative : 2/3 de caducs avec des fleurs, des couleurs changeantes en toute saison, des bois décoratifs… Laissez libre court à votre imagination.
  • Haie fruitière : des fruits (pour habitants des lieux, animaux et propriétaires du jardin…) noisettes, cassis, groseilles, casseilles, mûres, prunelles, coings, cynorhodons, et plus spécialement pour nos amis les oiseaux, les fruits d’hiver des Cotonéasters, Pyracantha, Aubépines, Cornouillers, Troènes, Lauriers sauce ou tin, Sureau…

Conseil plus :

Attention de ne pas tomber dans l’échantillonnage. A moins de vouloir faire un jardin de collections avec étiquettes au pied mentionnant la famille botanique, éviter de transformer votre jardin en patchwork. Pour 20 plantes, choisissez 6 à 8 espèces. Pour 100 plantes, vous pouvez aller jusqu’à une vingtaine d’espèces, guère plus. Il faut créer une unité et travailler par taches.
Exemple. Imaginons 40 mètres de haie ; notre choix variétal nous impose 27 plantes (choix déterminé par le diamètre des plantes). Nous choisirons maximum 11 espèces différentes, numérotées de 1 à 11. Voici un aménagement possible :

1, 2, 2, 3, 1, 1, 4, 4, 4, 5, 2, 2, 5, 5, 6, 7, 7, 6, 6, 8, 8, 8, 9, 10, 11, 11, 9.

A erreur à ne pas commettre, le rythme binaire :
1, 2, 1, 2, 1, 2, 1, 2… Ou bien :
1, 2, 3, 4, 1, 2, 3, 4, 1, 2, 3, 4.

Vous l’aurez compris, la haie se pense avant l’achat des plantes. Si votre budget ne vous permet pas d’achetez tous les végétaux en une seule fois, le plan vous aidera à continuer la haie les années suivantes en conservant l’unité de départ.

Et si j’osais je dirais : haie de toi, le ciel t’aura ! (bon, on fait ce qu’on peut !)

haie variée

haie variée

haie variée

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