J’aurais du être dictateur ! dictateur au jardin. J’ai toujours cru que j’étais le seul maître à bord, que tout le monde poussait en rang serré d’oignon, que les fleurs étaient au garde-à-vous, les légumes au garde-à-manger, que les arbres étaient droits comme des ifs, et que la cabane du jardin avait son petit toit sur la couture du panta…sur la couture de la gouttière.

Et bien non. Comme quoi à chaque jour une surprise dans ce monde peuplé de farfadets, lutins et autres farceurs en tout genre !

Figurez-vous que j’ai reçu hier une lettre, pardon, une mise en demeure, voire une pétition. Non mais j’y crois pas ! voilà que la population jardinière réclame ! Mais où se croit-on ? Laissez votre jardin à l’ « abandon » pendant quelques mois d’hiver et voilà que les revendications fusent. Je vous lis la lettre.

Très cher jardinier,

Oh là, ça commence mal…

Après concertation avec les parties concernées et élaboration de demandes revendicatives liées à la bonne tenue du jardin dont vous trouverez copie en pièce jointe, les habitants du jardin, en sol et en air,

En sol et en air ? mais qu’est-ce qu’il me chante là ??

… avons l’honneur de vous faire part de certaines pratiques jardinières incompatibles avec la bonne marche du dit jardin.

En effet, en ce mois d’avril, où, nous en convenons, il ne faut se découvrir d’un fil, les voiles d’hivernage ne tiennent plus, suite aux coups de vent répétés, et de ce fait ne servent plus à grand-chose. Les cloches des salades sont parties avec celles de Pâques mais ne sont à ce jour revenues. En revanche,

En revanche ? ah, c’est donc ça… A tous les coups ça vient de l’avocat de la serre…

… les fleurs des pêchers ne supportent pas les excès de pluies qui lavent le pollen. Les abeilles signataires réclament du nectar sans pluie et du pollen sec.

Nous souhaitons donc vivement que vous y remédiez sans plus tarder sous peine d’une contestation plus soutenue des citoyens du jardin, résidentiels et passagers.

Veuillez agréer, Monsieur le jardinier en chef…

Blablabla.

J’étais atterré, KO, (signifiant « knock out », et pas oxyde de potassium). Je me suis mis la tête dans le réservoir d’eau de pluie pour voir si je ne rêvais pas. Elle est encore très froide…
Bon soyons pragmatique. Remettre les voiles d’hivernage, je peux le faire vite, mais comment éviter que la pluie ne lave les fleurs ? qu’est-ce que j’y peux s’il flotte…

Et c’est à ce moment que je lu la pièce jointe, où était collé en pétales de pêcher, un énorme poisson d’avril !

Ah foutus Farfadets ! ils m’ont encore eu cette année !